Dans le contexte résultant de l’étonnante décision du Président Macron de dissoudre l’Assemblée Nationale, ce titre « Réchauffement des esprits » pourrait résumer à lui seul l’état de la société française ces jours-ci.
Si les enjeux n’étaient qu’anecdotiques, on serait tenté de paraphraser un autre livre en écrivant « Un Président ne devrait pas faire ça »…
Mais avant de désigner l’état de crise de nerf qui traverse la société française, « Réchauffement des esprits » est le titre de l’excellent ouvrage de mon amie Pascale Thumerelle.
A la vérité, le titre complet de son ouvrage, publié chez Actes Sud, est Réchauffement des esprits. La responsabilité sociétale des industries culturelles, un cri d’alarme sur l’influence parfois négative, et trop souvent négligée, des contenus de haine et de désinformation sur notre psyché …
Et un plaidoyer pour une meilleure prise en compte par les entreprises du secteur, essentiellement de dimension multinationale, de leur rôle central dans la cohésion sociale.
De fait, les contenus les plus commentés, partagés, occupent une place privilégiée dans le fil d’actualités de X (ex Twitter), Instagram, Tik Tok : l’algorithme identifie le post comme suscitant de l’engagement et promeut sa diffusion et celle de contenus similaires.
Cette « philosophie », si l’on peut s’exprimer ainsi, donne en réalité la priorité aux contenus les plus incendiaires, car plus susceptibles de maximiser l’engagement.
Il en résulte une situation que dénonce à juste titre Pascale : émission surabondante de contenus de haine, de stéréotypes, de désinformation nourrie par la distorsion des faits, de pratiques marketing nocives pour les enfants …
A travers ces mécanismes, c’est au fond notre rapport à la vérité, abandonnée au profit de l’émotion, qui est questionné.
En janvier 2023, on avait beaucoup commenté un sondage IFOP – fondation Jean-Jaurès – fondation Reboot sur le rapport des jeunes à la science à l’heure des réseaux sociaux.
Certes, de nombreuses critiques sur la méthodologie et l’objectif même du sondage étaient apparues pointant des données finalement pas si scientifiques.
Pour autant, les conclusions en étaient assez consternantes : selon ce document, six jeunes sur dix estimaient possible que la Terre soit plate, plus d’un sur quatre adhérant à la théorie du créationnisme. Un tiers des jeunes exprimaient leur confiance dans les réseaux sociaux de partage de photos et de vidéos (ex : Facebook, Instagram, TikTok, Snapchat…). Mieux encore, 41% des « TikTokeurs » croyaient en l’idée qu’un créateur de contenus/influenceur qui a un nombre important d’abonnés a tendance à être une source fiable.
L’IFOP avait beau jeu dès lors de mettre les rieurs de son coté en parlant d’une « génération toc toc » …
Mais n’est-il pas un peu facile de faire porter un si grand chapeau à cette seule génération lorsqu’on voit depuis des années le spectacle consternant du personnel politique français, qui, toutes tendances confondues, s’invective et s’envoie des noms d’oiseaux via les réseaux sociaux, mus au mieux par l’émotion, au pire par la haine.
Je ne sais si les choses vont s’apaiser dans les semaines qui viennent, et à vrai dire je n’y crois guère.
Mais de grâce, réchauffés ou pas, reprenons les, nos esprits !
Iconographie : Pascale Thumerelle lors d’une séance de signatures à la Librairie les Traversées

Après avoir travaillé en tant que banquier international pour des pays émergents, Laurent Lascols est devenu responsable mondial risque pays / risque souverain (de 2008 à 2013) puis directeur mondial des affaires publiques (de 2014 à 2019) pour Société Générale. Depuis début 2023, il est associé-gérant de ARISTOTE, un cabinet de conseil et organisme de formation dédié à la responsabilité sociale des entreprises (RSE), la finance durable et la finance à impact.
